Léa, rendue puis reprise

Léa.

Léa, Léa, Léa. Lionne. Un jour, elle n’existait pas encore, le suivant, elle était devant ma porte. Avec cet air sévère, un peu boudeur, très persan, très « Je suis là ». Une persane rousse, terriblement angora.

Léa, jeune mère

Léa, jeune mère

Au début, elle faisait la navette entre ici et la maison de ces voisins allemands,  à 300m en aval de chez moi. Du moins, je suppose qu’elle allait là : c’est la seule maison en aval possible. La plus proche, et où vivait un autre persan, le géant  noir et blanc, que j’avais confondu avec un chien alors qu’il allait son chemin sur une terrasse en face.  Je la voyais partir de son pas lent et noble, queue bien levée. Je la revoyais de même revenir.  Et au fur et à mesure de ses allers-retours et des semaines, elle prenait un petit ventre bien rond. Que j’ai laissé aller à son terme. Elle a accouché de quatre adorables chatons, les Bizounours (pur, une tache et deux taches), et Mouchet, le plus beau chat roux foncé, le plus adorable chat roux foncé du monde. Ne restent de mes pépères que Bizounours pur et bizounours deux taches.

Cela semble si confortable

Cela semble si confortable

Léa, Mouchet et Bizounours 1 tache, tous deux mort ou disparu

Léa, Mouchet et Bizounours 1 tache, tous deux mort ou disparu. Au téton, Bizounours 2 taches.

Petite incise : je suis une femme de ma génération, et de mon éducation : liberté du corps, de la sexualité, contraception, avortement. Je regrette même que la stérilisation volontaire ne soit pas remboursable par les assurances, et que les gynécos soient aussi  négatifs sur ce sujet, ils défendent leur gagne-pain. Mais il est vrai aussi qu’avec l’âge, avec l’observation des choses du monde, depuis la petite fleur jusqu’aux nuages,  m’est venue une certaine horreur, et même une horreur certaine à l’idée d’abréger des vies en devenir, et un soulagement immense à l’idée que je n’aurais jamais à affronter un avortement avec cette idée en tête.  Je pousse la névrose jusqu’au jardin : je suis totalement incapable d’« éclaircir » mes plantations.  Il fut donc une période, dans ma vie de mémère-à-chats, où stériliser une chatte m’était facile, mais louper la période des chaleurs, et les faire avorter ensuite m’était impossible. Inutile de dire que devant l’ampleur du désastre, j’ai bien changé.

Les petits ont grandi, survient l’incident avec Saint-Suaire, cat-nappé par les méchants voisins, raconté précédemment dans le blog. Il me faut préciser, avant de narrer ma mauvaise action, que Léa est une chatte « froide », pas démonstrative : elle ne ronronne pas, ne se blottit pas dans les bras, semble constamment bouder mon oasis. Elle n’est pas amicale avec le reste de la tribu, a sevré ses chatons de manière très brutale, et tolère à grand-peine Alithia à moins de deux mètres. Elle mange peu, elle boit peu, elle bouge peu.

Lorsque j’ai repris ma créature, mon Saint-Suaire si doux, enfermé plusieurs mois derrière la grande verrière, j’ai toutefois eu de la peine pour le gros persan noir et blanc, qui allait se retrouver à nouveau tout seul, même si je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu beaucoup d’interactions entre lui et Saint-Suaire cat-nappé. Et une idée a germé en moi : dans le fond, Léa semble totalement indifférente à moi, aux autres, au lieu, elle ne bouge pas, elle est stérilisée,  pourquoi ne pas l’amener au persan noir et blanc, comme compagne, d’autant plus que je soupçonnais qu’elle venait justement de chez les voisins : c’était en quelque sorte la rendre.

Je prends ma chatte sous le bras, qui se laisse transporter comme un paquet. Une fois arrivées chez les voisins, je hèle le jardinier, et lui explique le coup. Il ouvre la grande pièce et je pose Léa. Le jardinier recadenasse la porte, et JE ME BARRE. Oui. Une fois rentrée chez moi, la mauvaise conscience commence à faire son chemin, comme un ver qui ronge. Je vois Léa partout, je me demande ce qu’elle fait, si le persan est gentil avec elle…

Bref, en fin de journée, j’y retourne. Juste pour voir comment elle va, si elle est bien installée. Et je la retrouve, plusieurs heures après, exactement à l’endroit où je l’avais posée, elle avait simplement changé de sens, et avait le museau sur la porte. « Help ». J’ai senti mon cœur fondre instantanément. Je retourne chercher le jardinier, et là sans explication, sans justification, je lui ordonne, de manière parfaitement coloniale et expatriée, de rouvrir cette porte, je reprends ma chatte. Point.

La porte ouverte, je me baisse, et la queue bien droite, avec juste ce minuscule point d’interrogation des dernières vertèbres,  elle me saute dans les bras.

Et je l’ai ramenée, bien sûr, le cœur léger et l’âme sereine. Un peu honteuse tout de même. J’avais réalisé que, malgré ses airs boudeurs, elle avait vraiment « choisi » de vivre avec la tribu, avec moi, et dans ma maison de Cigale.

Léa, de nos jours

Léa, de nos jours

 

 

et Saint-Suaire est toujours porté disparu

Saint-Suaire, en décembre...

Saint-Suaire, en décembre…

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6 réflexions sur “Léa, rendue puis reprise

  1. Quelle belle histoire… Beaucoup de chats ont cet air indifférent, voire boudeur, qui cache une immense tendresse… Tu vois, Cigale, le véritable amour n’a besoin ni de mots, ni de grandes démonstrations…

  2. Ma Chatiti était comme Léa… boudeuse, écaille de tortue, avec un sacré panache en guise de queue… et des petits pantalons-golf aux papattes-arrière ;o))… C’était une persanne aussi. Assez snobbe… toujours très élégante et pas affectueuse pour un sou. Même très « griffeuse et mordeuse » mais elle s’emmerdait trop chez moi à attendre mon retour du boulot…
    Très trouillarde aussi… mais assez « dominatrice » avec les autres chats…

  3. ah, voilà exactement ce que je cherchais pour décrire la petite culotte poilue de bizule : de petits pantalons-golf, exactement ! le petit mouvement des chats, quand ils s’étirent en étirant leurs pattes arrière en arrière, j’adore ça, surtout quand ils ont de petits pantalons-golf tout plumeux et froufroutants.
    à part ça, oui, vous l’aurez compris, léa, c’est un drôle de numéro. elle, c’est toutes les nuits à la hauteur de ma tête, en fait à côté de bizule et son plaid… mais pas de ronron, rien. juste elle est là. pas comme ta chatiti, clo, pas du tout griffeuse agressive mal lunée bipolaire. juste boudeuse. la tête qu’elle a sur la dernière photo quoi ! par contre, ce mélange agressif-trouillard, c’est un mélange assez humain aussi, hein ?
    je vous jure, des chats, j’en ai connu plutôt bien combien : 150 ? 200 ? j’en ai jamais connu deux qui aient la même personnalité, le même caractère.

  4. Oui, c’est exactement ça, mal lunée bipolaire ;o))… elle me faisait penser à ma mère ;o). Fallait juste lui dire qu’elle était belle alors là elle se drapait dans sa queue à la « Davy Croquettes » et elle prenait l’air fiérot ;o). J’ai passé une nuit avec sa « soeur » de portée précédente : elles se ressemblaient terriblement, et la frangine, elle, après avoir passé la nuit avec moi, s’est empressée de me donner un sale coup de griffe dès que j’ai avancé la main pour la caresser ! ;o((…
    Elles étaient presque pareil (Chatiti attendait d’avoir mangé pour me griffer et s’acharner sur le bas de mes mollets). Le véto m’avait dit que les chattes persanes écaille de tortue n’étaient jamais câlines…

  5. ….nekoaka vient de faire son entrée nocturne sur la pointe des coussinets…
    mais elle ne fait que traverser votre écran….
    elle va rejoindre le lit couvert de splendeurs tissées et brodées, une bosse en son centre, manifestant la cruche ronronnante, bien délicieuse par moins 10, au dehors s’entend…

    oyasumi !

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