Des armes de guerre : les graminées.

Vous vous rappelez la verdure heureuse et printanière qui entourait la maison ? C’est un joli souvenir. Il fait 30°, tout sèche à vue d’oeil, on arrive bien vite, si vite, trop vite à l’été. Certaines graminées, si jolies lorsqu’elles sont vertes et balancent souplement avec le vent, une fois desséchées et cuites par le soleil et la sécheresse (2 jours de toute petite pluie en avril, et pas grand-chose en mars) deviennent mes ennemies personnelles, et c’est simple, je les hais. Mais difficile de ne pas en admirer la savante architecture évolutive qui en fait des armes de guerre, il est vrai, mais aussi de vrais et astucieux systèmes de survie : tout est prévu pour être assuré de s’enfoncer dans le sol, et être prêt à germer dès la prochaine pluie (c’est-à-dire pas avant octobre, en ces lieux…). Armes de guerre, car, vous le comprendrez avec les photos (et une vidéo quand j’arriverai à la faire et à la monter), leurs pointes acérées, poils orientés, harpons minuscules sont terriblement efficaces pour s’enfoncer dans les habits, les chaussettes, le tissu des baskets,  mais aussi et surtout la chair des chats, se mêlant inextricablement aux poils et, vrillant, harponnant, piquant, tournant, fouissant, finissent par devenir de vrais tourments infectés, qu’il faut beaucoup de patience et d’obstination pour enlever. Sans oublier l’angoisse d’imaginer un chat ou Alithia avaler ce genre d’armes, ou s’en enfoncer dans les oreilles. Inutile de dire que les champs en sont absolument couverts, et donc qu’il est impossible de prévenir. Juste croiser les doigts… Et engueuler discrètement Artémis et Déméter de s’amuser pareillement…

Celles-là, je sais que ce sont des avoines stériles. C’était joli comme tout au printemps, maintenant c’est raide, sec (même si très jolies couleurs dans soleil levant ou couchant) et ça fait partie des armes de guerre :

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Car à bien y regarder, une fois la pointe enfoncée, les dizaines de poils qui sont eux-mêmes couverts de poils, toujours orientés de la même manière, agissent comme des harpons : dans la gorge ou l’oreille, dans la chaussette ou la basket, dans la peau ou dans la terre, quoiqu’on fasse, ça s’enfonce et c’est impossible à retirer. Par exemple, lorsque j’en ai dans les chaussettes, je dois non pas les tirer (ça se bloque très efficacement) mais je dois les enfoncer, pour traverser le tissu. Et encore, pas si simple, car les 2 longs épis bruns se cassent très facilement. Donc vous imaginez quand la « tête » s’est enfoncée dans la peau…

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Autre gâterie, qui semble bien anodine, mais chaque épi très fin est couvert de minuscules écailles dures, à nouveau orientées, et là les épis sont très durs…

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Mais la palme de la ruse revient sans aucun doute possible à cette graminée-là :

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Elle est charmante, non ? Mais c’est un MONSTRE !

L’épi étant le tout, je ne sais pas comment nommer les éléments le constituant. Les graines, logiquement. Donc dès qu’une graine tombe, aidée par la chaleur, elle se plie en deux ou en trois, vrille sur elle-même, se tord, et agit exactement comme une tarière dont les spirales sont elles-mêmes couvertes de poils à nouveau orientés. Une fois pliée en deux ou trois, la graine utilise probablement le vent qui va agir comme force pour la faire tourner et donc s’enfoncer. La pointe est extrêmement dure, et dès qu’elle pénètre (la terre, la peau), des poils orientés à sa base la retiennent dans ce qu’elle a enfoncé. Au fur et à mesure que cette graine vrille sur elle-même, elle s’enfonce plus profondément. Une fois que c’est dedans, c’est dedans. C’est à cette arme de guerre-là que les chats doivent leurs plus gros abcès. J’ai dû traverser un champ de cette saloperie, mes chaussettes ressemblaient à des porcs-épics, et je les ai purement et simplement jetées.  Heureusement, il y en a un peu moins que les avoines stériles… Mais là, c’est Déméter qui se fout de nous.

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La graine commence à vriller…

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Elle continue à vriller, se plie en deux ou trois probalement pour « prendre le vent » une fois enfoncée dans le sol (exactement comme une tarière avec son manche) :

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Et voilà le détail de cette effroyable et géniale manière de s’assurer sa descendance…

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