Mon Copain, mon enfant

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Ben voilà, notre Copain est chez le vétérinaire depuis ce matin.

J’ai rencontré le praticien ce matin, à 8 heures, avant l’opération. Ses explications étaient beaucoup plus claires que celles de son collègue, et son humanité plus grande. Une expérience plus importante, sans doute, et un amour visible des chats : lui aussi a un « Copain » dans sa tribu.

Il nous a tout expliqué : la tumeur, quelle qu’elle soit, est très mal placée. S’il s’agit bien d’un fibrosarcome – on le saura après l’analyse – elle sera difficile à éradiquer complètement, et de toute manière, elle reviendra. Et vu la vitesse à laquelle elle se développe, elle pourrait comprimer rapidement les nerfs et les vaisseaux, nombreux dans cette zone. Elle rendrait la vie de Copain difficile, et douloureuse. Nous avons donc décidé de faire opérer notre Pinpin.

Je viens de téléphoner il y a quelques instants (11 heures 45) : la tumeur, cette saloperie, est très agressive, elle avait déjà attaqué les ganglions, provoquant une surinfection. Mon Copain est encore sous perfusion, et je dois rappeler ce soir, vers 17 heures, pour savoir quand je pourrai aller le chercher.

Une seule chose est sûre : je ne veux ni acharnement, ni souffrance inutile. Copain ne fera pas l’expérience du fil d’iridium ni de la cage plombée, de toute façons impossible, sauf à Maisons Alfort. Cette opération sera la seule. Son seul traitement sera de l’homéopathie… Et à Dieu vat. Salope de camarde. Bien sûr, on est tous mortels, et nos compagnons animaux s’en vont généralement avant nous.

Mais c’est tellement injuste, tout ça. Les salopards meurent très vieux dans leur lit, mais pas les vivants, humains ou animaux, qu’on aime, même les gentils ne sont pas à l’abri. Ça me met en rage, et en larmes. Il n’a que six ans, et c’est le plus adorable de tous les chats que j’ai eu. Aucune agressivité, jamais, toujours étonné quand on crie, ou quand les autres se chamaillent, Copain aime les gens, ses congénères, les chiens, les oiseaux, le soleil, et la vie. Hier soir, inconscient de se qui se tramait, il lézardait au soleil sur le rebord de la fenêtre. Copain n’est pas rancunier.

J'suis beau, hein

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Alors, désormais, il dormira comme il le fait depuis quelques jours, dans mes bras, à ronronner comme un gaga. Je vais essayer de l’aimer encore plus, très fort, pendant les quelques mois qui nous restent ensemble. Copain, c’est une vraie personne, un ami très doux et tout chaud, je l’aime comme on aime un enfant. Car oui, je suis une mère chat, je deviens chat, de plus en plus. Et le jour où il partira, je serai amputée d’une partie de moi-même.

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4 réflexions sur “Mon Copain, mon enfant

  1. Ma Chatiti avait une tumeur sous la langue… il aurait fallu lui couper la moitié de la langue s’il avait fallu l’opérer. Ton Copain a une tumeur de merde sous l’oreille. J’en peux plus, de ces tumeurs agressives, qui tuent humains et animaux… depuis 3 jours, les métastases d’un cancer très agressif envahissent le dos, le cou, les poumons de mon beauf… inopérable lui. Vous allez me dire, quelle idée de faire un rapprochement humain/animal ? Eh bien je le fais. C’est un homme souffrant que ma soeur va voir tous les jours… qui n’a pas eu le temps de demander quoique ce soit sur sa fin. Et une saloperie de loi hypocrite au possible, appelée loi Leonetti, ne donne, dans ce cas, le pouvoir qu’aux médecins d’abréger la fin de vie souffrante d’un homme -et encore, sous condition, en le déshydratant et en l’affamant de surcroît. Il n’a rien demandé, donc on « allège sa douleur » jusqu’à ce que mort s’en suive. Je me demande si on n’est pas plus humain avec les animaux (j’ai fait euthanasier Chatiti parce que, seule et travaillant, j’étais dans l’incapacité de m’occuper d’un chat avec la moitié de la langue en moins, et encore… pendant combien de temps) qu’avec les humains. On se retrouve, les proches, à souhaiter que la mort arrive vite devant tant de souffrances : ses moments de conscience sont douloureux en tout cas… on en est presque à faire des incantations aux dieux, aux déesses, à la terre-mère. J’ai failli entrer dans une église ce matin ! Tous les jours, j’ai ma soeur en larmes… elle, on oscille entre « ça va aller » et désespoir. Est-ce qu’il faut vraiment que les hommes paient tant pour l’hypocrisie de politiques incapables d’être courageux et de gérer ces fins de vie terribles ? On en arriverait presque à en vouloir aux mourants de n’avoir pas pensé avant à gérer leur fin de vie… ou à souhaiter être un animal dans la savane : tuer les proies trop faibles. Je ne sais plus où est le bien ou le mal…
    Je sais, on est loin de Syros… loin des chats… Mais j’avais besoin de partager ces doutes…

    • J’ai rencontré un chat blanc, avec les papattes et les oreilles « miel » au retour du chemin côtier… il descendait de branches où les oiseaux pépiaient à tue-tête vu qu’il devait avoir envie de se faire un festin avec les petits… Une fois descendu, il s’est gentiment laissé caresser et je lui ai parlé de Copain… auquel il ressemblait (de loin)… je lui ai demandé de parler de Copain au dieu des chats…
      Bon sang, que ce serait bien s’il y avait un dieu qui s’occuperait des douleurs de chats, des douleurs d’humains, et des coeurs tout gros comme le sont les vôtres (et le mien) aujourd’hui.

  2. pour avoir entendu cet argument pour moi-même, je sais qu’il ne console pas. mais c’est une vérité : chaque jour qu’il a vécu, parce que tu l’as sauvé, c’était un jour de plus. et les jours, les semaines, et merde, soyons fous, les mois à venir qu’il va vivre choyé et aimé, ça sera encore du surplus. note, on est toutes et tous un peu en surplus de vie, mais on en est plus ou moins conscients. avec copain, c’est certain, chaque minute compte, jusqu’à la dernière. tu as bien fait d’y retourner, bien fait de discuter avec un autre véto, et bien fait de le faire opérer. maintenant, on en est à la « meilleure » situation dans cette vie-là de chat. ce sont de petites vies courtes, elles passent comme des enchantements, laissent les traces de l’amour, de la tendresse. et parce qu’on les protège et les respecte, elles nous enrichissent infiniment, et à la sortie on est moins cons qu’à l’entrée. merci copain, et toutes et tous les autres.

    et si tu veux engueuler quelqu’un, c’est artémis. mais aussi les moires, de fieffées garces elles aussi. enlever son arc à artémis, et les ciseaux à atropos…
    courage ma belle. et il en a de la chance de t’avoir, ton Copain !

  3. S’il y a un chat sur qui j’ai beaucoup fantasmé c’est le chat du Cheshire dans Alice au Pays des Merveilles. Je suis incapable d’expliquer pourquoi mais Copain me fait penser au chat du Cheshire, son extrême blancheur peut-être, ses yeux aussi… ?
    En tout cas, s’il devait disparaître, il deviendrait alors définitivement ce chat aussi imaginaire qu’omniprésent, aux conseils aussi avisés que son sourire est énigmatique :
     » ‘Si tu ne sais pas où tu vas, n’importe quelle route peut t’y mener. » (in Lewis Carrol)

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