La petite flamme qui s’éteint

bougie

Ce matin, avant l’aube, j’ai ouvert l’œil, et je SAVAIS. Que la mort était en train d’entrer furtivement dans la maison. Comme une angoisse irrépressible, un brouillard épais et glauque, comme la pluie, incessante, et le froid qui va avec, qui s’infiltre partout.

Mon Copain fait son dernier bout de route.

Il ne mange plus rien de solide depuis plusieurs jours, je le nourris avec du jaune d’oeuf sur les conseils de notre Cigale, et je lui donne de l’eau, tout ça à la seringue.

Hier, titubant, flageolant, le train arrière tout raide, il a même couru sur quelques mètres, il a fait pipi dans la caisse, on s’est dit avec appréhension : « il revient ». Il a profité d’un infime rayon de soleil pour aller se coucher sur l’herbe, épuisé.

Mais ce matin, Randal l’a trouvé dans le salon, immobile sur une étagère basse, parce qu’il n’a plus la moelle pour sauter, et maintenant il est toujours aussi immobile sur son fauteuil, près du radiateur, on a rallumé le chauffage juste pour lui, il ne fait plus sa toilette. Il dort. Je lui ai donné un peu d’eau, et j’ai même l’impression qu’il ne me reconnaît pas. Il ne ronronne plus, la caresse lui est pénible, lui qui était si aimant et câlin.

Cet après-midi, à 14 heures, je vais chez le vétérinaire. Pour une prise de sang, un avis autorisé, un miracle. Vétérinaire thaumaturge. J’ai beaucoup hésité à lui imposer ce nouveau voyage, peut-être devrais-je juste le laisser mourir tranquille.

Dehors, il pleut toujours, comme dans mon cœur.

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6 réflexions sur “La petite flamme qui s’éteint

  1. Décidément, ce mois de mai aura été le plus noyé de larmes de mon existence ;o((
    Je suis de tout coeur avec toi, Gavroche… je pense à vous deux.

  2. oh lala, merde de merde, artémis, érinyes et parques grosse garces, du balai, loin de copain, de gavroche et de randal. quoiqu’il se passe cette aprème, tu sors pas de chez le véto avant d’avoir un diagnostic. et s’il souffre pas, tu sais ce que j’en pense. mais comme que comme, continue à lui donner à boire. en pensée et de tout coeur avec vous, dans un boulve qui ne devrait jamais être assombri par le chagrin.

  3. Il fait gris et froid. Mais le beau temps aurait-il changé quelque chose ? Un peu d’eau froide dans le soleil. Les capucines fleurissent sous la pluie, mais j’ai l’impression d’avoir cent ans … S’il ne souffre pas, je le ramènerai à la maison, parmi les siens. Sa maison, celle qu’il s’était choisie.

    • oui, c’est ça qu’il faut faire. et quoiqu’il se passe, prends TON temps, impose TON rythme au véto.

  4. déjà mis ailleurs : un petit poème qui m’avait un tout petit peu fait du bien à la mort d’Anaïs Petitute, et que je relis depuis régulièrement, pour les mêmes raisons…

    Sauf erreur de ma part, tout le monde semble revenir au point de départ, pour finir là-même où on a commencé. Notre chatte bien-aimée aujourd’hui est morte. Quand elle était petite, que je faisais mon zazen, elle aimait à venir prendre place sur ma tête.
    Je salue sa splendeur à côté de laquelle les temples et les églises ne sont que des trous de chiottes.

    Jim Harrison
    L’éclipse de lune de Davenport

  5. Lorsque ma cadette a perdu sa Tekila, je lui ai dit, pour tenter de consoler l’inconsolable : « Tu sais, il vaut mieux pour vous deux qu’elle soit partie aussi vite, vous aurez au moins évité la douleur d’une agonie qui n’en finit pas de finir. »
    C’est ce que vous vivez là avec Copain, c’est le plus pénible et il n’y a pas de mots pour aider à supporter ça. Je vous embrasse très fort et pense à vous.

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