Petit troupeau, grosse bergère.

Il y a deux ans, beaucoup de chattes harets ont accouché tardivement, et pour une deuxième fournée (hélas hélas). Les chatons d’automne survivent rarement, ils sont sevrés en pleine mauvaise période, perdent la protection et physique et biologique de leur mère et de son lait, et doivent commencer à se nourrir seuls quand la concurrence est forte pour la nourriture, quand les maladies diverses et variées les guettent avec le froid et la pluie, et quand ils ne connaissent pas encore très bien leur environnement : leur ordalie commence ou se termine au très mauvais moment.

C’est comme ça que je me suis retrouvée à materner, soigner, nourrir, abriter une quinzaine de chatons, plus ou moins du même âge, à un mois près. Il y a eu deux déclics : tout d’abord, Bob, très vilain chaton moche, cradingue (plus de mère pour le nettoyer), miauleur et incroyablement insistant et culotté, éclaireur d’une poignée d’autres chatons abandonnés et se cachant côté terrasse sud de la maison, passait sa vie devant la porte de la grande chambre des chats et des outils à réclamer à manger, à miauler, à foncer dans la pièce dès que j’entrouvrais la porte, à bâfrer comme un porc, les pattes dans les écuelles en s’en mettant jusqu’aux oreilles.  J’ai beaucoup essayé de ne pas le voir, et de ne pas voir ses autres petits camarades mouillés, frigorifiés,  malades, affamés, affolés, en me cachant derrière la rassurante idée que s’ils voulaient, ils pouvaient toujours aller manger dans les grands plats abrités par les différentes installations bricolées dehors, et je m’efforçais de soigner les plus atteints – pas facile.

Ensuite, du côté sud de la maison, une petite portée de six chatons. Mais comme vous le savez, chaque chaton de plus est une vraie angoisse, toujours un de plus… Certains étaient très malades, que je soignais également, mais toujours dehors, sous la pluie et dans le vent. Je leur avais bricolé une sorte de petite maison, une échelle double ouverte et couchée sur le flanc, enfilée dans un carton et un plastique, un morceau de palette et du foin au sol, et j’allais les dénicher là-dedans pour leur enfiler leurs doses de Synulox, et leur mettre du Tobrex dans les yeux. Chaque fois le stress, aller les dénicher, en prendre un et affoler les autres qui fuyaient sous la flotte, le soigner contre son gré, attendre que les autres reviennent trempés, en choper un autre, rebelote, le tout plusieurs fois par jour… Entre les chatons côté est et ceux côté sud, j’y passais la journée, terriblement triste, culpabilisée et me sentant totalement impuissante. Par ailleurs, des chats adultes mouraient (une épidémie de coryza extrêmement virulent), des chatons aussi (en tout, rétrospectivement, c’est une année où j’ai enterré 8 adultes et une dizaine de chatons).

Et puis un jour, une petite chatte de cette portée, ravissante, un tout petit cœur doux, une petite angora tricolore avec de très jolis yeux en amandes, la seule avec Gingembre que je n’avais pas besoin de soigner, se pose devant la porte sud : elle avait envie d’entrer, bien sûr. Elle me regardait la regarder à travers la vitre. Et je me suis dit : « J’ai très envie de t’adopter, tu es si jolie, mais ce serait tellement injuste que je te laisse entrer parce que tu es jolie, et pas les autres, qui sont moins jolis. Donc tu restes dehors ! ». Je retourne un moment après voir si elle était encore là. Et oui, elle était encore là. Mais couchée. Et morte.

Alors j’ai craqué, j’ai fait entrer TOUS les chatons d’un coup, tant pis pour les chats-du-dedans, il faudrait qu’ils s’habituent, tant pis pour moi, mais je me simplifiais la vie du même coup, tant pis tant mieux pour eux, un nouvel environnement à conquérir…

Alors je vous laisse imaginer mon quotidien, une quinzaine de chatons malades, en période pipi-caca-partout, à nourrir, chauffer, soigner, nettoyer, etc. Certains étaient très constipés, il fallait faire des lavements à de petits culs indignés et douloureux, certains avaient la diarrhée, ils avaient tous, sauf un, Gingembre, les yeux pleins de pus, et tous passaient un jour ou l’autre par la phase aigue de la maladie : abattus, sans appétit, ne buvant pas, très fiévreux : ça passe ou ça casse. Chaque matin, je me levais en me demandant si je retrouverais toutes mes minuscules petites planètes. Et bien souvent, je devais ramasser un petit corps tout froid pour l’enterrer au fond du jardin.

Mais j’en ai sauvé une dizaine. Ma démographie en a pris un coup, mais Bob est devenu un beau jeune homme élancé et sympa, Bouzouki Fou me roule des pelles la nuit, Fotia est magnifique, Agatha très indépendante et vit au loin, Méli reste une miauleuse adorable, Gingembre est un rouquin flamboyant de poil et de caractère, Papillon a subi les lavements et en a gardé une sainte trouille de moi, …, bref, même si cela n’était pas raisonnable, dès lors que j’ai cessé de raisonner, je me suis sentie mieux, et je n’ai rien regretté. Même si cette adorable petite chatte, morte parce que trop jolie, me reste clouée dans le cœur.

Quelques photos de cette période :

Les petits côté sud, avant l’ordalie, avec leur jolie maman

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Après leur entrée dans la maison : un doux mélange de portées, certains chats sont encore là, d’autres sont morts. Tout contre le radiateur laissé en permanence cette année-là !

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Avec une mère de passage… Probablement plutôt intéressée par la chaleur !

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Evidemment, Alithia a elle aussi beaucoup participé au sauvetage du petit troupeau.

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Bouzouki Fou aux yeux jaunes, et sa merveilleuse copine (ou soeur ?) qui est morte en un jour, durant cette période affreuse.

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On profite d’un jour de soleil pour roupiller dehors – sachant qu’on pourra rentrer (à l’époque, je leur avais à tous montré comment utiliser la chatière). Papillon est au 1er rang. Et Bob, c’est le gris et blanc en haut à droite.

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John-John et Polybelle avaient trouvé la meilleure planque, et supportaient des chaleurs incroyables. Mais jamais jusqu’au hot-cat.

Au chaud dans la pipe à bois !

Et parfois, un mâle (ici Bizounours 2 taches) faisait office de ventre doux pour un ou plusieurs petits.

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PS : la mère chatte aux oreilles de chien loup est rentrée, sans ses quatre chatons. Elle est à nouveau en chaleur. Help.

Et pour finir, le Copain d’ici… Comme vous le voyez, l’oeil mort est dégonflé

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Et sa vie suit son cours, la preuve :

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2 réflexions sur “Petit troupeau, grosse bergère.

  1. En voyant les deux dernières images, j’ai éclaté de rire : le Copain de chez toi est décidément un vrai chat… Pauvre Alithia !

    • oh, c’est elle qui va le chercher, gémit dès qu’elle le voit et le léchouille pour autant qu’il lui crache pas au visage !!! mais vrai, ce petit copain d’ici n’a vraiment aucune crainte ! pour l’instant, sa mère s’occupe encore de lui, plutôt gentiment, je ne pense pas qu’elle va lui faire subir ce que j’appelle l’ordalie et me l’emmener à pataouchenok, comme les quatre autres qui sont je ne sais où, et donc, voilà voilà voilà, un de plus dedans !

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