Et si j’étais employée dans un refuge SPA ?

Pas mal de gens soupçonnent chez moi « un léger désordre mental », voire d’être « dingue ».  D’autres me conseillent d’en garder  5, ou 10, ça dépend, et de laisser les autres, une sorte de choix de Sophie que quiconque a deux chats serait incapable de faire. Enfin, je crois.  On me dit aussi « J’aime pas les chats », « J’aime pas Nestlé », « J’aime pas change.org ». Bien, je vais tout de suite exclure du débat la possibilité d’en prendre 5 (ou 10) et d’en laisser 95 (ou 90… d’ailleurs, comment les « laisser » ici, puisque j’y suis, ici…), et les « J’aime, j’aime pas » sont hors course : je les prends pour moi, sur moi : refuser de m’aider parce qu’on n’aime pas les chats, ou Nestlé, ou change.org, ou dieu sait quoi, c’est  hélas une manière de trier les amiEs. Je suis un peu radicale-raide dans mes bottes, mais la situation est suffisamment difficile pour commencer à chipoter.

Maintenant, imaginons.

Je travaille dans un refuge, je suis salariée par une société protectrice des animaux quelconque. Un beau bloc béton, avec des grillages autour, et des box eux aussi séparés par des grillages.  À l’intérieur de ces box, des cartons, ou des baquets en plastique, et, soyons fous, une petite couverture par carton ou baquet. Des écuelles pour la nourriture et pour l’eau. Les chats y sont en sûreté, certes,  comme on peut l’être quand on vit dans un box entouré de grillages, en bonne santé (les autres sont euthanasiés), en âge adoptable (idem), stérilisés et vaccinés (facile, quand on peut les attraper facilement).

Je fais ça dans un pays qui lutte depuis des décennies contre les animaux harets. Qui cherche à maîtriser totalement le vivant errant (faut-il oser un « libre » ?).  Demandez-vous pourquoi il y a si peu de chats et de chiens harets autour de chez vous.  Parce que pendant des décennies, des lieux comme mon village valaisan ont pratiqué et pratiquent encore la chasse aux harets : 2 ou 3 fois par an, le meilleur chasseur du village est engagé pour aller tirer tout ce qui traîne. On en est avertis par annonce publique. Il se balade avec son flingue et de la bouffe, il se promène dans le village, « Minou, minou, minou ! », et le chat, naïf et surtout affamé, se laisse avoir et se retrouve avec une balle dans la tête. Le chasseur n’y prend nul plaisir (en fait, il aime bien les chats) mais voilà. C’est comme ça. En grec : « Ti na kanoume ? », qu’y faire ? Quant aux chiens, cela fait déjà bien longtemps qu’ils ont disparu des poubelles. Et si chez vous, cela ne s’est pas passé comme ça, cela s’est passé d’une manière ou d’une autre.

Et pour tout dire, je ne suis pas contre cette méthode : c’est rapide, sans stress, sans souffrance, aucune jouissance de la part du « tueur », juste le désir de bien faire les choses.  Boum, une balle dans la tête, et c’est fini. Bon, en ville, ça serait plus difficile, on y pratique donc l’euthanasie vétérinaire. Mais en gros, on procède comme la condamnation à mort par injection aux USA, et  j’ai quelques doutes quant à son caractère non stressant (car, pour le chat, gare à la course-poursuite ou au piégeage,  et au fourgon une fois attrapé, et aux petites piquoûzes), et non douloureux. Il faut juste rentrer son chat unique et chéri pendant les périodes d’éradication…

Mais quand on vit dans un pays comme la Grèce, et, avec la crise, ce problème des animaux errants a tout simplement explosé, on vit entourés de chiens et de chats harets. L’état n’a déjà aucun plan d’aide pour ses citoyens malades, mourants, SDF, marginaux, vieux, enfants, et j’en passe, on peut imaginer que du côté du non-humain (ah, l’Humain !!), c’est simple à énoncer : il n’y a RIEN. Pour limiter la population des harets, on compte sur les voitures, les maladies et la faim (et non, je n’oserai pas dire que l’état fait la même chose avec ses citoyens…). Tout ce qui se fait, refuges, apports locaux de secours, de nourriture, protection de la faune sauvage, stérilisations,  etc., tout est privé. Fondations, associations, refuges privés, passants, ce ne sont jamais que des individus qui n’en peuvent plus et agissent. Vous voyez où je veux en venir ? Je fais partie de ces gens qui font. Je fais ce que je peux, et j’ai pu pendant longtemps.

Mais reprenons la fiction. Je suis salariée d’un refuge appelé « Au Chat Joyeux », « Les Gais Chaminous » ou tout autre nom bien identifiable pour une structure de cet ordre. Bon, pour faire tenir la fiction, il faut que ce soit une structure avec juste une petite subvention du canton, du département, de l’état, de la région.  Et puis survient une catastrophe, les vacances avec ses abandons, ou une inondation, bref un événement qui met en péril la survie des chats en box, et aussi ma propre survie, mon emploi en quelque sorte. Je viendrais avec mes photos, mes histoires, raconter cette vie, ma vie, et ces vies, et ces morts, et toute l’angoisse de nourrir, soigner, stériliser, aimer, aider, pour demander de l’aide quelle qu’en soit la forme (mais plutôt de la nourriture, ou de l’argent), je crois que personne n’aurait l’idée de me dire et même de penser que je suis folle.

Et bien, voilà, ma maison à Chrousa est devenue un refuge, et j’en suis la salariée, l’employée, la nettoyeuse, la retauratrice, la directrice, la gestionnaire, la secrétaire, et depuis des années j’en assure le financement intégral, seule,  et sous le regard sans aménité de beaucoup de gens, voire de ma propre famille. Là où je vis, c’est un refuge totalement privé, foutraque, bricolé, imparfait. Mais c’est un refuge. Et, à la grande différence d’un refuge tel que décrit plus haut, c’est un refuge qui ne pratique pas l’euthanasie (à part mon coup de folie sur 3 chatons nouveaux-nés, et lors de maladies incurables et douloureuses) et qui, faute d’adoptants, ne pratique pas l’adoption (car si les refuges officiels arrivent à limiter leur population d’hébergés, c’est bien parce qu’il y a euthanasies et adoptions). Pas de béton, pas de grillage, pas de box, mais le reste y est, pour des chats qui vivent leur vie, dans la relative sécurité que peut leur procurer mon affection. Et mon argent.

Car  voilà, nourrir, stériliser, soigner, ça coûte de l’argent. Mon histoire avec ces chats (et cette chienne), ce n’est pas qu’une histoire de jolies photos, de chats trop mignons, de chatons a-do-rables, de gentil toutou sauvée in-extremis. C’est un vrai mi-temps, 2h30 2 fois par jour pour nourrir, faire les vaisselles, nettoyer, sans compter le temps pris par les soins des malades, les réveils nocturnes pour nourrir les nourrissons, les courses, les visites chez le vétérinaire… Et tout mon argent est parti là-dedans. Je vis très simplement, j’ai peu d’objets et je lutte contre l’obsolescence programmée, je mange simplement, je m’habille simplement. Et j’assume simplement ma responsabilité, ma part de travail pour le vivant.

Et maintenant, après des années sans demander d’aide à personne, je suis au pied du mur. Je sais que mes lendemains chanteront, parce que la vie est ainsi faite, pour moi, qu’un jour je sortirai de ces zones de grande angoisse. Mais en attendant ces jours meilleurs, là, juin 2013, maintenant, dans ce présent conjugué à la 100ème personne du pluriel, j’ai besoin d’aide, et j’en ai besoin urgemment.

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7 réflexions sur “Et si j’étais employée dans un refuge SPA ?

    • salut lili-vanille !! je vois que gavroche t’a répondu, donc merci à l’une et à l’autre. et au plaisir de se lire ici et ailleurs ! ;-)

  1. Bonjour Lili-Vanille,

    Je réponds à la place de Zoz.

    Nous venons de créer l’association les Chats de Syros (voir la rubrique nous aider). Tu peux bien évidemment y adhérer, en nous adressant un chèque.

    Tu peux aussi aller signer la pétition que nous avons mise en ligne (rubrique signer la pétition).

    Enfin, tu peux faire un don (ce que tu pourras/voudras) qui servira directement pour l’achat de nourriture et/ou de médicaments et de frais de vétérinaire.

    Merci d’avance pour la tribu féline de Syros…

  2. On me dit aussi « J’aime pas les chats », « J’aime pas Nestlé », « J’aime pas change.org ».

    Je ne sais pas qui est « on », mais comme dit le proverbe, dans ce cas-là, « on est un con ».

    Parce qu’il n’est pas question ici « d’aimer » Nestlé. Ou Change.org.

    Nestlé est riche, il peut nous aider, donc on va chercher l’argent (et la bouffe des chats) là où il (elle) est. Et on utilise un outil efficace pour arriver à toucher le maximum de gens.

    Et tout ça, c’est dingue, sans aucun état d’âme. Parce qu’il s’agit d’une simple question de survie.

    Maintenant le « on » qui dit « je n’aime pas les chats », celui-là est indécrottable. Celui-là n’aime ni n’aimera jamais personne, humain ou animal. A part lui-même, évidemment. Donc, ce « on » là, on s’en fout.

  3. Bon, ben moi j’aime les chiens, les chats, les ânes, les animaux, les taureaux vivants, les souris, les rats, les oiseaux et les autres… et j’aime les gens qui se dévouent comme le fait Zozé à cette cause quelquefois si indigne (quand on doit faire face à des humains inhumains ou à cette nature très reproductive des chats).
    Et puis j’aide comme je peux… et je signe, et je transmets…
    Parce que Zozé le mérite.

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