Le petit chat est mort.

Je n’ai pas réussi à le sauver. À le faire grandir. Je me suis sentie un peu contrainte. J’ai fait minimum syndical. Un peu plus peut-être, mais pas beaucoup plus, pas comme une bonne mère chatte. La chatte, et je ne sais même pas laquelle, avait laissé ces 2 nouveaux-nés sous le romarin : un mort-né, encore mouillé, et l’autre, celui-là, qui n’a jamais eu de nom, bien propre, nettoyé, joliment tigré, lui aussi avec le sac amniotique accroché au ventre, le cordon ombilical déjà séché. Mais sans mère. Je l’ai laissé une bonne demi-journée, dans un carton pour lui éviter le soleil direct, mais sans rien. Sans le nourrir quoi. Dans l’espoir que la mère viendrait s’en occuper. Mais le soir il était toujours là, tout seul, quelques heures au compteur, affamé, perdu…

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Il me restait du lait de chatons précédents, je l’ai mis dans un petit carton, sur un lit de soie et de laine, et la brève histoire a commencé. Au début, belle énergie. Mais vous n’ignorez pas que je suis prise par mes angoisses : chaque chaton en plus est une goutte d’eau en trop. Bref, j’ai beaucoup donné le biberon, torché, nettoyé, lavé, sans plus. Quelque part vaguement agacée, énervée, angoissée, et, oui, contrainte. Et puis, je l’ai senti s’en aller. Renoncer. Je ne sais pas si c’est faute d’amour, malformation congénitale, erreur dans les soins.

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Il a commencé à vomir et a cessé de manger : alors je lui ai donné chaque 2/3 heures un peu de lait par pipette, peu pour qu’il ne s’étouffe pas. Quelques gouttes d’eau également (plus quelques grains de sucre, et de sel) pour qu’il soit au moins hydraté. J’ai passé ce week-end à lui masser doucement le ventre, le caresser (il adorait la caresse sous le menton…), et il a bien ronronné, de tout petits ronrons. Ses petits os étaient bien perceptibles, et malgré ce côté dodu des chatons, les petits hanches étaient comme des graviers sous mes doigts. Et cela faisait plusieurs jours qu’il ne me réveillait plus en miaulant bien fort pour réclamer le biberon. Alithia n’a pas bougé du divan, attentive. Je ne pouvais pas m’empêcher de lui trouver l’air triste, elle aussi consciente que ce petit était en train de mourir.

J’ai su que c’était le dernier soir. L’impression dingue qu’il me regardait vraiment, qu’on se disait adieu. Mais je me suis endormie sans problème. Je n’ai pratiquement jamais eu de problème pour dormir, même la mort de ma mère ou de mon compagnon ne m’a pas empêchée de dormir.

Cett nuit, il vivait encore lorsque je suis allée le caresser un petit moment. Il a un peu miaulé, un peu ronronné. Il me semble l’avoir entendu ensuite, dans mon sommeil, il criait, mais tant de chats crient, miaulent et ronronnent dans mon sommeil… Je ne me suis pas réveillée. Et à 6h30 ce matin, il était mort, le petit corps en long, les pattes de devant croisées, encore tiède, Alithia à côté du carton. Ses petits yeux bleus ouverts.

Il est enterré dans le carré des nouveaux-nés, et tout le petit matosse qui me servait est rangé. Il ne reste de lui que quelques photos. Et une grande grande tristesse.

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ARNOLPHE
Quelle nouvelle?

AGNES
Le petit chat est mort.

ARNOLPHE
C’est dommage; mais quoi!
Nous sommes tous mortels, et chacun est pour soi.
Lorsque j’étais aux champs, n’a-t-il point fait de pluie?

AGNES
Non.

Molière, L’Ecole des femmes, acte II

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6 réflexions sur “Le petit chat est mort.

  1. N’humanisons pas trop, ma Zoz. Même si on se dit toujours qu’on n’en a pas fait assez, ou qu’on a pas fait ce qu’il fallait, le Ptit n’est pas mort faute d’amour ou de soins. Comme mon Copain, c’était simplement son heure.

    Alithia, bénie des Dieux, mère par procuration, elle est vraiment extraordinaire, cette chienne.

    Le texte de Molière me fait toujours penser à Ronsard… (parfois, je me demande qui connaît encore Ronsard) : Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin…

  2. Ben voilà… un de plus…
    Certains jours, on voudrait que la nature soit plus douce avec les chats, avec les humains, avec tout le monde.
    Pour moi, c’est aujourd’hui… je suis triste… je viens de voir 3 films sur des migrants sub-sahariens empêchés d’entrer en Europe http://lesvoyageurs.medecinsdumonde.org/#Menu, ce qui m’a affligée quant à la nature humaine. Et là, la nature animale me fait mal.
    Je pense à toi, Zozé… seule là-bas sur cette île où on traite les animaux comme l’Europe traite les migrants (en ne les voyant pas, en les oubliant, en les abandonnant.

  3. j’ai pas l’impression de trop « humaniser » : je dis des faits.
    c’est seulement en publiant ce petit front à front avec alithia que le chagrin m’a eue…
    « Nous sommes tous mortels, et chacun est pour soi. ». minuscule voyage de minuscule petit. ça n’a pas de sens tout ça. c’est dingue. vie, comme dit une amie que je cite : « minusculissime dans l’univers, et à ce titre insignifiante, mais en même temps absolument unique et précieuse exactement pour ça. »

  4. L’euchère caramel que nous avons planté sur la tombe de la petite Tekila est en fleur. La vie continue donc, en effet, même si le manque est bien toujours là, quelque part, au creux de l’estomac.
    Non seulement je partage ta tristesse, « Catwoman », je la ressens, tellement ça réactive cette mauvaise passe que fut pour moi la disparition brutale de notre petite amie.

    :-(

    • l’heuchère (j’ai dû regarder ce que c’était !) est appellée aussi « désespoir du peintre »…
      je vais voir de temps en temps les 3 minuscules chatons noirs d’athéna, dans leur carton sous le jasmin, au-dessus d’eux j’ai étendu un tissu pour les protéger des rayons directs du soleil, leurs yeux sont encore fermés, alors qu’ils sont nés peu de temps après le petit chat… qui lui avait ouvert les yeux sur le monde peut-être 4 ou 5 jours après sa naissance. rétrospectivement, je suis heureuse qu’il ait eu la truffe fraîche et la grande langue douce d’alithia comme compagnie. toute petite planète, tout petit univers, un instant dans la vie du monde.
      et pas de doute, zule, toi aussi tu as ta place au paradis des chats !!

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