Spicilège 5.

Quelques images comme autant de manières de donner des nouvelles d’ici. Lire la suite

A défaut de parler de l’essentiel.

(Bienvenu(e) à toutes et tous dans ce blog-à-chats pour y poser un chatexte. Je suis très heureuse de publier celui que m’a envoyé Flip St-Ourak, texte qui trouve ici sa place évidente et naturelle)

Mon père nous a ramené un jour un chaton nouvellement né et aussitôt abandonné par sa mère, qu’il avait trouvé dans un sous-bois. Tout de suite, nous l’avons adopté et baptisée Linka. C’était une petite chatte noire et blanche au poil ras. Elle devint membre de la famille à part entière, c’est-à-dire placée sous la loi de notre mère omnipotente qui était du genre éducatrice compulsive aux sourcils froncés. Linka avait droit à la caisse avec les lambeaux de journaux dedans, les restes de la nourriture des humains et du mou de bœuf dimanche, c’est-à-dire du poumon que plus personne ne consommerait  aujourd’hui, je crois. Lire la suite

Mon Copain, mon enfant

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Ben voilà, notre Copain est chez le vétérinaire depuis ce matin.

J’ai rencontré le praticien ce matin, à 8 heures, avant l’opération. Ses explications étaient beaucoup plus claires que celles de son collègue, et son humanité plus grande. Une expérience plus importante, sans doute, et un amour visible des chats : lui aussi a un « Copain » dans sa tribu.

Il nous a tout expliqué : la tumeur, quelle qu’elle soit, est très mal placée. S’il s’agit bien d’un fibrosarcome – on le saura après l’analyse – elle sera difficile à éradiquer complètement, et de toute manière, elle reviendra. Et vu la vitesse à laquelle elle se développe, elle pourrait comprimer rapidement les nerfs et les vaisseaux, nombreux dans cette zone. Elle rendrait la vie de Copain difficile, et douloureuse. Nous avons donc décidé de faire opérer notre Pinpin.

Je viens de téléphoner il y a quelques instants (11 heures 45) : la tumeur, cette saloperie, est très agressive, elle avait déjà attaqué les ganglions, provoquant une surinfection. Mon Copain est encore sous perfusion, et je dois rappeler ce soir, vers 17 heures, pour savoir quand je pourrai aller le chercher.

Une seule chose est sûre : je ne veux ni acharnement, ni souffrance inutile. Copain ne fera pas l’expérience du fil d’iridium ni de la cage plombée, de toute façons impossible, sauf à Maisons Alfort. Cette opération sera la seule. Son seul traitement sera de l’homéopathie… Et à Dieu vat. Salope de camarde. Bien sûr, on est tous mortels, et nos compagnons animaux s’en vont généralement avant nous.

Mais c’est tellement injuste, tout ça. Les salopards meurent très vieux dans leur lit, mais pas les vivants, humains ou animaux, qu’on aime, même les gentils ne sont pas à l’abri. Ça me met en rage, et en larmes. Il n’a que six ans, et c’est le plus adorable de tous les chats que j’ai eu. Aucune agressivité, jamais, toujours étonné quand on crie, ou quand les autres se chamaillent, Copain aime les gens, ses congénères, les chiens, les oiseaux, le soleil, et la vie. Hier soir, inconscient de se qui se tramait, il lézardait au soleil sur le rebord de la fenêtre. Copain n’est pas rancunier.

J'suis beau, hein

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Alors, désormais, il dormira comme il le fait depuis quelques jours, dans mes bras, à ronronner comme un gaga. Je vais essayer de l’aimer encore plus, très fort, pendant les quelques mois qui nous restent ensemble. Copain, c’est une vraie personne, un ami très doux et tout chaud, je l’aime comme on aime un enfant. Car oui, je suis une mère chat, je deviens chat, de plus en plus. Et le jour où il partira, je serai amputée d’une partie de moi-même.

Mon Copain

le petit nouveau Copain réduit

Lui est arrivé ici il y a quelques années, au début de notre aventure lotoise. Toute la maison était en chantier, des gravats et des cartons partout. C’était l’hiver.

C’est notre Linus, aujourd’hui disparu, qui nous l’a amené un soir. Linus aussi aimait tout le monde. Alors, je suppose que quand il a vu un copain qui traînait dans le coin, maigre, affamé, malheureux solitaire, abandonné, il s’est dit que maman et papa chat ne rechigneraient pas à accueillir un nouveau venu. Il a « passé le témoin » de l’amour, en quelque sorte, avant de s’en aller, à peine quelques mois plus tard.

Copain était décharné et crevait de faim. Alors, j’ai commencé à le nourrir dehors, devant la porte. Dès que je m’approchais, il s’en allait. Petit à petit, la gamelle de pâtée se rapprochait de la maison, elle a fini par se retrouver dans la cuisine, et je laissais la fenêtre ouverte pour que Copain puisse s’enfuir s’il le voulait. Et un jour, comme il faisait froid, j’ai refermé la fenêtre. Copain était définitivement de la famille.

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Peu à peu, il s’est remplumé, on l’a fait stériliser, on lui a retiré quasiment toutes ses dents (il ne lui reste plus qu’un croc) qui sont venues comme ça, sans forcer : il avait eu un virus dans la bouche, et elles ne tenaient plus du tout, elles lui faisaient juste mal.

Copain n’a jamais chassé (comment a t-il fait pour survivre?) et contrairement aux autres, n’a jamais attrapé la moindre souris, ni le moindre oiseau. D’ailleurs, il peut rester sur la terrasse, cela n’empêche pas les mésanges et autres verdiers de venir aux mangeoires, et même sur la table, comme s’ils avaient compris qu’il n’y avait pas de danger. Ben oui, Copain aime aussi les souris et les oiseaux.

Copain aime les autres chats, les chiens (même le Milou ne lui fait absolument pas peur) et tous les humains. Même les inconnus trouvent grâce à ses yeux, et qu’importent les genoux accueillants, pourvu qu’il puisse ronronner à son aise (c’est un maître dans ce domaine) et se faire câliner.

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Alors, il y a quelques mois, on a constaté qu’il se grattait beaucoup l’oreille. De la gale, sans doute. En passant chez le véto, traitement et tout le toutim, on a quand même découvert de petits nodules durs dans l’oreille, comme une vilaine grappe rose et noire, rien de grave à l’époque, on devait juste lui nettoyer l’oreille régulièrement.

Il y a un mois, rebelote, une boule, dure, est apparue sous l’oreille. De la taille d’un noyau de cerise, aujourd’hui, elle est comme un noyau de pêche. Ponction (rien), antibios, puis anti-inflammatoires, puis reponction la semaine dernière : c’est un fibrosarcome. Une saloperie de cancer. Sur MON Copain. « Ça » ne métastase pas, mais même en cas d’opération, « ça » a des chances de revenir au même endroit.

L’opération était prévue ce matin. Cette nuit, Copain a dormi avec moi, sur ma tête, bavouillant et ronronnant comme un dingue sur mon oreiller. J’ai eu du mal à m’endormir, repassant dans ma tête les pires scénarios, tremblante, en sueur, réveillée dix fois, m’assurant qu’il était toujours là.

Mais Copain ne m’a pas lâchée. Ce matin, branle-bas de combat, je planque les gamelles, et même l’eau, parce qu’il doit être à jeun. Je prépare mon café, tendue, inquiète, pas sûre de moi (opérer, pas opérer?) et mon Copain toujours ronronnant, met ses pattes sur mes épaules, et me donne de grands coups de boule dans le menton, on s’aime d’un amour immense.

Au moment de partir, j’avais tout préparé, le panier pour le transport, avec une serviette moelleuse dedans, enfermé les chiens, mais j’avais oublié un truc, essentiel : fermer la chatière. Que croyez-vous qu’il arriva ? Copain s’est barré… Et voilà. Comme un avertissement du destin… Une façon de dire : foutez-moi la paix. Et que dire, hein ? Quelque part, je suis soulagée…

« A l’heure ou j’écris ces lignes », ben l’heure d’aller chez le véto est passée :  Copain vient de rentrer à la maison. Et de s’installer … sur mes genoux.

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Les noms des chats.

Si je m’étais arrêtée à « Chatoune », « Chaton » ou « Minette », j’aurais été bien embêtée : « Minette Douze !», « Chaton Trente-Six ! ». Nommer les chats, c’est à la fois nécessaire et, comment dire, rituel et réel. Les nommer, c’est les admettre comme existant ici, avec les autres déjà nommés. C’est les identifier et les individualiser. Lire la suite