I – Pourquoi ce blog ?

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Suzi

Comme vous le savez sûrement, la crise économique sévit en Grèce de manière dramatique.  Mais vous ignorez sans doute à quel point la situation est grave.

Quelques faits :

- Réductions drastiques des salaires et des retraites.  Par exemple,  le salaire minimum est aujourd’hui à 400 euros (alors que le coût de la vie est équivalent à celui de notre pays).

- Hausse des prix dramatique (fioul domestique + 100% ; essence + 100%, électricité, chauffage, gaz, transports publics + 50%) au cours des 15 derniers mois.

- Un tiers des 165.000 entreprises commerciales ont fermé leurs portes, un autre tiers n’est plus en mesure de payer les salaires. Partout en Grèce, on peut voir ces panneaux jaunes avec le mot Enoikiazetai  en lettres rouges – A louer.

- Dans cette atmosphère de misère, la consommation a plongé de manière catastrophique.

- Les employés de l’État ne sont plus payés depuis des mois.

- De nouvelles taxes ont été créées. Ainsi, pour déposer une plainte à la police, il faut payer sur le champ 150 euros. Dans le même temps, les policiers sont obligés de se cotiser pour faire le plein de leurs voitures de patrouille.

- Un nouvel impôt foncier, associé à la facture d’électricité, a été créé. S’il n’est pas payé, l’électricité du foyer est coupée.

- Le taux de chômage atteint quasiment 60 % chez les jeunes.

Quant à l’aide européenne, elle sert à rembourser  la dette du pays aux banques à hauteur de 97% …

La misère gagne, les suicides se multiplient

les humains n’ont plus rien

et bien sûr,  ce sont les animaux qui sont parmi les premières victimes… Plus de place pour les faibles.

Sauf qu’en Grèce, dans un village sur l’île de Syros, vit notre amie Sylvie.

Une vraie foldingue,  entourée de plus de 100 chats, et d’une chienne.

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Moi qui n’ai que 4 chats et 3 chiens, et qui ai déjà du mal à gérer tout ça, je l’imagine, tous les jours, nourrir sa tribu, nettoyer sans arrêt, courir chez le véto, négocier le prix, et aussi, c’est le pire, enterrer « ses enfants » dans la colline, derrière sa maison…

Mais comment faire, pour ignorer la souffrance ? Comment fermer son cœur et sa porte quand on voit arriver de petits chats efflanqués, malades, affamés ? On en recueille un, puis deux, puis dix, et puis… ça ne s’arrête jamais. Parce qu’on ne peut pas choisir…

Comment faire quand Alithia arrive devant la maison ?

Parce que c’est dans cet état qu’elle a trouvé Alithia :

Alithia à son arrivée à Syros

Elle ne tenait même plus debout …

Ignorée, invisible, ou pire, chassée et battue.

Mais à force d’amour, de nourriture et de soins, Alithia est devenue une chienne pleine de vie …

C'est quoi qu'il y a ici

Un petit somme

Chouchoutée, heureuse …

Mais Sylvie ne peut plus assumer seule, c’est la raison de notre appel à l’aide auprès de tous les amoureux des animaux, et en particulier des chats…

Presque cent chats, et une chienne (comment mettre Alithia dehors, d’après vous ?). Les croquettes et les pâtées pour tout ce petit monde, nourri deux fois par jour (je vous raconte pas la corvée de lavage de gamelles) et surtout, les médicaments et les soins vétérinaires.

Ainsi, une simple opération, bénigne en France, coûte 300 euros … Un chat semi sauvage, avec une collerette, imaginez.  Le vétérinaire doit le garder en pension jusqu’à sa guérison…

Se serrer la ceinture, manger des nouilles et des patates, Sylvie est prête, mais condamner les chats de Syros à mourir faute de nourriture et de soins,  elle n’y arrive pas… Et moi non plus.

Alors, voilà, nous, sans votre aide, on ne peut plus…

Sylvie explique pourquoi elle est dingue, et pourquoi on l’aime :

Non, je ne veux pas soigner ma névrose.

« Ma chère, ce ne sont que des chats et je te parle en toute amitié, mais sincèrement : ça se soigne très bien, ce genre de névrose ! ». Voilà comment une amie psychologue, de passage chez moi à Poseidonia (sud-ouest de Syros) il y a quelques années, réagissait à ma situation de mémère à chats.  À cette époque désormais lointaine, autre temps autre lieu, je ne cohabitais qu’avec une vingtaine de chats, un peu moins de dix dedans, un peu plus de dix dehors. Que dirait-elle, maintenant que j’en ai une centaine, au pif ? Je dois avouer que cette réflexion m’avait alors beaucoup tourmentée, et pas seulement agacée. Je m’étais retrouvée sans vraiment savoir quoi répondre. Ah bon, ça se soigne ? Je suis donc malade ? Oui, c’est vrai que je suis névrosée, mais ne le sommes-nous pas toutes et tous, un peu, beaucoup ? Enfin, non. Enfin, oui. Je ne sais pas. J’ai fini par trouver une réponse, en fait très simple : on décide, un jour, qu’on ne peut pas ne pas voir.

Même si, avant la Grèce, j’ai eu une vie  « à chats », mais à chats raisonnablement, comme la plupart d’entre vous, parfois un seul, au maximum trois, je ne suis pas une dingue de chats. Ce n’est pas une passion. J’aime les chats, mais comme j’aime les arbres, les insectes, les nuages, l’espace, les gens. Et tant d’autres choses. La vie. Par contre, j’ai accepté très tôt, comme une sorte de règle de vie, qu’on est responsable pour toujours de ce qu’on apprivoise, pour paraphraser le Renard du Petit Prince.  Pendant ma dernière année en France, avant mon déménagement, je vivais avec trois chats blancs : la mère, Zoulimama, chatte haret, recueillie enceinte jusqu’aux yeux dans un lotissement haut-savoyard, et ensuite ses deux fils, Zozéfine et Lucette. Sachant le départ à Syros inéluctable, avant de partir, j’ai tenté vainement de les donner sans séparer le trio familial. Des amis voulaient bien en prendre un, mais jamais les trois ensemble. Et je ne voulais pas les séparer. Ce fut une décision difficile, et une réalisation encore plus difficile, mais je les ai pris avec moi.

Lucette a disparu une semaine après notre arrivée. J’ai été assommée par le chagrin et surtout le remords. Mais une nouvelle vie commençait. J’avais encore Zozéfine et Zoulimama, la maison était jolie, confortable, pas trop chère, la mer tout près, et je pouvais travailler grâce à Internet, à condition de rentrer de temps en temps à Genève pour les réunions. Une chouette vie à nous quatre.

Sauf qu’en arrivant en Grèce, on arrive dans une situation inédite pour nous, en France ou en Suisse, ou dans la majorité des pays de l’Europe des fourmis. Les chats sont partout. Et non pas « abandonnés », mais harets. On peut s’aveugler jusqu’à un certain point, se raconter des histoires. Jusqu’au jour où on accepte de regarder la réalité, ou qu’elle nous saute aux yeux. Et quand j’ai commencé à regarder vraiment autour de moi, je n’ai plus jamais pu faire marche arrière.

Alors j’ai pu répondre à cette amie.

« Oui, c’est vrai, ce ne sont que des chats, et c’est à cause de ces chats que ma vie est devenue ce que tu as vu. Oui, c’est vrai, c’est peut-être une névrose, mais, avoue, pas bien grave dans la mesure où je ne lèse personne. Oui, c’est vrai, ça se soigne probablement.

Mais voilà, imagine : je pars en Afrique, avec mes jolis enfants bien soignés, bien gras, bien mis. Ils sont vaccinés, ils ont la raie de côté, leurs joues roses sentent bon le savon après leur bain quotidien. Ils vont à l’école en voiture, ils ont un joli cartable, avec une trousse bien pleine de crayons de couleur. Au fond de leur cartable, ils ont un petit pique-nique pour le goûter, et ils reviennent à midi manger 5 fruits 5 légumes. Mais chaque fois que j’ouvre la porte de derrière, la porte de service, la porte dérobée, je trouve derrière des dizaines de gamins au ventre gonflé de faim, qui ne sont ni vaccinés, ni soignés, qui meurent d’une diarrhée ou d’une fièvre tellement ils sont faibles, des gamins qui ne vont pas à l’école, qui ne dorment pas dans un joli lit aux draps frais. Des gamins qui, chaque fois que j’ouvre cette satanée porte, me regardent avec espoir. C’est très simple : je ne l’aurais pas supporté. J’aurais agi.

En Grèce, ce ne sont pas les gamins qui te regardent avec espoir quand tu ouvres la porte, ce sont des chats. Des chattes efflanquées enceintes pour la nième fois, des matous, grosse tête, épaules étroites, et une bonne paire de couilles, aux oreilles en lambeaux, des chatons aux yeux ravagés par le pus, qui ne jouent jamais, des chats qui meurent sur ton balcon, qui n’arrivent plus à respirer, qui se vident à cause de diarrhées, qui ne s’installent pas pour dormir mais gardent la position du sphynx jusqu’à ce qu’ils se cachent pour mourir. Des chats dont personne ne s’occupe, « ce ne sont que des chats, un qui meurt dix qui naissent ». Et moi, chaque fois que je regardais mes deux jolis chats blancs bien soignés et heureux, et puis, de l’autre côté de la porte ces chats victimes de l’indifférence, des préjugés et de la dureté de cœur, je m’effondrais de honte.

Tu me diras : mais les enfants c’est pas des chats. Oui, c’est vrai. Mais c’est des chats qu’il y a ici à Syros.  C’est à Syros que je peux faire quelque chose, à ma mesure, avec mes moyens. Si c’était des enfants, on m’appellerait Mère Sylvie, et j’aurais plein d’admirateurs.  Mais ce sont des chats, et on se dit « Pauvre Sylvie, elle est vraiment dingue ». La névrose, c’est certainement ne pas faire de hiérarchie des souffrances, de la faim, de la maladie et de la mort. C’est estimer que les tourments d’un enfant sont aussi terribles que ceux d’un chat. Et agir honorablement en fonction de cela. C’est se sentir responsable du vivant autour de soi.

Alors oui, ce genre de névrose, ça se soigne, il suffit de faire taire le cœur, après s’être mis un bandeau sur les yeux. Je n’ai pas d’autre explication. »

Voilà pourquoi je ne veux pas soigner ma névrose. Mais voilà aussi pourquoi j’ai besoin d’aide. D’aide pour aider. Pour accueillir, soigner, stériliser et nourrir ces chats. Et les aimer, dans le fond.

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3 réflexions sur “I – Pourquoi ce blog ?

    • c’est vous la gauchosphère ? le blog ? THE blog ? je vous lis avec adoration, je vous aime, je me marre en lisant vos billets et je plussoie de la tête (mais vous voyez pas) chaque fois ou presque !

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