Pourquoi, mais POURQUOI tant de chats ?

Pourquoi ? Il y a une limite ?

Plaisanterie mise à part, je n’en sais rien. Enfin, je ne l’ai pas cherché – il faudrait être masochiste pour « vouloir » 100 chats. J’ai commencé à trois chats, puis à deux. Et un soir, je roulais autour DU rond-point d’Ermoupoli, le seul, l’unique, le mortel rond-point de l’île (mortel, parce que priorité à droite… en tout cas, il ne faut pas être distrait), et j’entends un miaulement caractéristique de chaton parfaitement désespéré. Je gare, oui, oui, on peut se garer sur le rond-point, et je me dirige vers les cris déchirants : carrément sur le terre-plein central ! 30 secondes d’espérance de vie si le chaton posait la patte sur la chaussée. Un tout petit machin tricolore, donc une minuscule femelle, paniquée et affamée. À l’époque, à cette lointaine époque, je n’avais aucune, mais vraiment aucune intention de devenir ce que je suis devenue. Je la pose donc sur le trottoir à côté de ma voiture, j’ouvre la portière, et… Je ne sais pas. Soudain, j’ai vu sa détresse, le fait qu’elle allait se faire écraser dans le quart d’heure, qu’elle avait faim, soif, qu’elle était toute seule dans ce vaste de monde de gens totalement indifférents et qu’elle avait envie de vivre : « Sauve-moi, au secours, miiiiiiiiiii ».

Je n’étais sur Syros que depuis un mois, avec tous les réflexes nord-européens encore bien vissés dans le cœur, et la tête. Confrontés à ce gente de situation, c’est la première chose qu’on réalise : chez nous, enfin, chez vous, on voit un chien ou un chat errant, on demande à qui est cet animal ? Il appartient forcément à quelqu’un, on cherche le collier, le tatouage, et dans le doute, on l’amène à la SPA la plus proche, avec l’idée que le propriétaire va sûrement le récupérer. Jamais ici, c’est simple, jamais. Et même, au contraire, on s’émerveille que tel chat croisé dans la rue soit bien nourri, heureux, avec éventuellement un petit collier, on s’en étonne profondément , ah ? ce chat est donc à quelqu’un ? On a presque l’impression qu’il y a quelque chose d’anormal, et de miraculeux. Mais je n’en étais pas là, je me disais que la mère n’était pas loin ou qu’une petite fille cherchait sûrement son chaton enfui. Enfin, je me racontais des conneries. De toute façon,la petite chatte ne semblait pas vouloir partir. Et c’est LÀ que tout a commencé… Je me suis penchée vers elle, et je lui ai demandé : tu restes ou tu viens avec moi ? Elle est montée dans la voiture, s’est couchée sur le siège arrière et mon sort était scellé. Et le sien.

Schrimpette

Schrimpette

Schrimpounette

Schrimpounette

Piiiiiiipette

Piiiiiiipette

Schrimpette (une vraie petite crevette – dans les photos au-dessus, elle est adulte), une fois appris le fonctionnement de la chatière, a très vite enseigné, vraiment « enseigné », avec passages dedans, passages dehors, à sa petite copine Lula, une copine de jeu du-dehors, à entrer et sortir de cette accueillante maison, juste occupée par deux chats blancs neurasthéniques d’avoir perdu l’un des leurs ET de se retrouver à 40° à l’ombre alors qu’ils n’aimaient rien tant que dormir sous la neige… En peu de temps, il y a eu aussi Riri, Fifi, Loulou et Jean-Gérard, et puis Zéfira, et puis Saint-Suaire, Led Zep, et puis… et puis… La famille s’est agrandie au fur et à mesure de la découverte de la chatière. Et aussi de la porte, parce que vivre en Grèce portes fermées est simplement inconcevable, je ne suis pas là pour ça. Et puis, j’étais bon bougre, je n’allais pas chasser des bêtes affamées, parfois malades. Pour soigner un chat, il faut le prendre à l’intérieur, hein, pour le mettre au chaud, ou à l’ombre, pour lui faire des injections, ou l’hydrater. Bref, jamais un chat malade guéri n’est parti de la maison ensuite.

En réalité, j’ai  « importé » très peu de chats chez moi. Il y a eu Schrimpette, et depuis mon déménagement,  un chaton arraché à la mort dans mon ancienne maison. Puis trois chatons trouvés  au milieu de la route, et deux dans un fossé. J’ai chaque fois attendu un bon moment pour voir si la mère revenait. Et je suis chaque fois passée lendemain pour voir si je la croisais. Mais non, et c’est Teddy, Mélissa et Kéti, et plus tard Primus et sa petite sœur, qui est morte hélas très vite, pendant l’hiver dernier.

Un hiver d’enfer. Des chattes sauvages, que je n’avais pas pu attraper pour les faire stériliser, avaient eu des petits très tard dans la saison (et c’était leur deuxième portée : explosion démographique terrible, d’où ma situation actuelle : je n’ai pas toujours eu une centaine de chats !). Au moment du sevrage, qui correspondait hélas au début de l’hiver, elles me les avaient pratiquement laissés devant la porte : tiens, cadeaux ! Le sevrage est une sale période pour les chatons : non seulement ils sont totalement paumés et désespérés, mais en plus ils ne sont plus protégés par les anti-corps du lait maternel. Sevrage plus début d’hiver : le massacre assuré. Ils sont tous tombés malades. J’ai essayé de les soigner dehors, en leur faisant de petits abris, en leur portant jour et nuit des bouillottes chaudes, et en leur faisant des soins dehors, dans le vent, la pluie, le froid. Mais au bout de quelques jours, plutôt qu’avoir  un cadavre de chaton chaque matin devant ma porte, j’ai fait rentrer tout ce beau monde… hem, 12 chatons d’un coup !! À vivre, c’était sportif, quasiment 24h/24 à soigner, nettoyer, nourrir. Deux sont morts. Mais au fur et à mesure que les autres guérissaient, j’avais l’impression d’avoir bien fait mon boulot. Et la première fois qu’ils commençaient à jouer, là, je me sentais vraiment bien.

Pour être honnête, il y a des grecs sur l’île qui aiment les chats. Vraiment. Qui les nourrissent sur la voie publique. Ce sont des chats harets qui vivent dehors, et qui se passent l’information que par ici, ou par là, il y a de la nourriture. Le patron de mon bistrot préféré, parce que c’est la crise et que l’argent manque pour les croquettes, va pêcher pour nourrir les siens, une vingtaine. Et pêcher en hiver, ce n’est pas de la rigolade. Mais ces chats qui, çà ou là, sont malgré tout nourris, sont très rarement stérilisés. Enfin cela a été le cas, jusqu’à ce qu’un des vétérinaires du cabinet sur l’île (en ça, on a une chance folle : la plupart des îles grecques n’ont pas de vétérinaire. J’ai une amie grecque qui, pour faire soigner son chat adoré, et habitant sur l’île de Milos, a fait 11h de ferry à l’aller et 13h pour le retour…) se décide à organiser depuis un an et demi des campagnes de stérilisations. Mais j’y reviendrai. Le fait est que les stérilisations coûtent cher, les gens n’arrivent pas toujours à attraper les chats qu’ils nourrissent, et puis aussi cette idée criminelle que c’est si meûgnon des chatons, et que c’est la nature qui veut ça, et qu’on n’est pas dieu pour décider de faire stériliser des animaux, et surtout des mâles, d’ailleurs. Et dans le fond, les gens attendent que ce qu’ils appellent la sélection naturelle fasse le ménage pour eux, qui consiste essentiellement à compter sur les voitures et sur les maladies pour contrôler la population.

Moi, je ne compte pas là-dessus, c’est clair. Et je me retrouve avec des chatons sauvés, et donc gardés. Le chaton arraché à la mort, dont je parlais plus haut, c’est Bizule. La voisine de la maison d’où je venais de partir pour emménager où je suis maintenant avait noyé la mère et les autres chatons. Celui-là avait survécu je ne sais comment, mais c’était l’été et cette femme l’avait laissé sur un balcon sans ombre et plein sud, sans eau, sans nourriture, malade et les yeux aveuglés par le pus. J’ai sauté sur ce balcon pour le récupérer, et j’ai pensé qu’il allait me claquer dans les mains. Vite, l’asperger d’eau pour le rafraîchir, lui mettre quelques gouttes dans la gueule, l’enrouler dans un linge et direction maison.  Cela a été long et difficile, j’ai pensé chaque soir, pendant une bonne dizaine de jours, que ma Bizule serait morte le lendemain… Et puis, l’immense récompense, le moment où on se félicite d’avoir fait du bon boulot, où on ne regrette pas une seconde d’en avoir « un de plus », et où, le cœur en joie, on bénit la vie, eh bien c’est là, dans cette petite vidéo.

RIP Schrimpette.

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2 réflexions sur “Pourquoi, mais POURQUOI tant de chats ?

  1. « Et c’est LÀ que tout a commencé… Je me suis penchée vers elle, et je lui ai demandé : tu restes ou tu viens avec moi ? Elle est montée dans la voiture, s’est couchée sur le siège arrière et mon sort était scellé. Et le sien. »
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    Ben tu vois Zoze, quand je lis ça, je me dis « on est pareil là ! »; Parce que je comprends que tu craques.
    Quand notre fille nous dépose sa Tékila à la maison, c’est toujours le même rituel :
    mam’zelle grimpe les escaliers, file dans la cuisine, vérifie si sa gamelle avec les croquettes et l’eau est à sa place (elle peut n’être pas venue depuis 15 jours ou 3 semaines, ça change pas le programme).
    Et si par hasard, papi ou mamie Gâteux n’ont pas tout préparé avant l’arrivée de sa Majesté, celle-ci miaule un peu, s’assoit sur son séant et attend…
    Et c’est là que, si nos regards se croisent, je suis mort. Parce qu’il m’est impossible de résister à un regard pareil qui semble me dire : « Alors quoi ? tu m’aimes plus ? Si ? Ben alors qu’est-ce que tu attends ? »
    Gâteux je te dis.

    :-)

    • oh toi, tu as du bol de pas vivre en grèce !!!! tu serais un bon candidat pour essayer de répondre à une question comme « mais pourquoi TANT de chats ? »

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